[Total : 0    Moyenne : 0/5]

L’ouverture des premiers marchĂ©s lĂ©gaux de cannabis rĂ©crĂ©atif aux Etats-Unis met en relief l’Ă©chec des politiques de criminalisation qui frappent les usagers de ce produit dans de nombreux pays.

La faiblesse des résultats du régime prohibitionniste est particulièrement remarquable en France où, malgré un cadre législatif très répressif, la consommation de cannabis bio se révèle plus importante que dans les Etats européens ayant opté pour sa dépénalisation. Prenant acte des données épidémiologiques nationales et des évolutions juridiques internationales les plus récentes, cette leçon expose les raisons socio-historiques qui rendent inéluctable la légalisation du cannabis.


[Total : 0    Moyenne : 0/5]

A Expogrow, le cannabis bio tient salon et attire les consommateurs français

A Irun, ville frontalière du Pays basque espagnol, des vapeurs de marijuana s’Ă©chappent des allĂ©es de la foire Expogrow: vendeurs de graines de chanvre, d’Ă©quipements pour cultiver sous serre, d’engrais et d’accessoires dĂ©diĂ©s aux fumeurs de cannabis bio, attirent la curiositĂ© de 20.000 visiteurs, surtout Français.
“Ce n’est pas un hasard si ce salon est organisĂ© Ă  la frontière. Je voulais faire parler de la rĂ©alitĂ© de la France, mais en Espagne”, oĂą la consommation et la culture sont autorisĂ©es dans un cadre privĂ©, indique Ă  l’AFP Thomas DuchĂŞne, directeur français d’Expogrow, fondĂ© il y a quatre ans.
Cette foire professionnelle, ouverte au public, durant laquelle se tient un Forum social international avec des experts, se dĂ©fend de faire “l’apologie du cannabis”. Ses organisateurs souhaitent “mettre sur la table la rĂ©alitĂ© du nombre de fumeurs en France”, en abordant les thèmes de la prĂ©vention des risques, des diffĂ©rentes politiques publiques dans le monde ou de l’usage mĂ©dicinal de la plante dont les diffĂ©rents principes actifs ne sont pas uniquement psychotropes.
Si la dĂ©tention et la consommation de cannabis bio sont pĂ©nalement rĂ©primĂ©es dans l’Hexagone, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) a Ă©tabli Ă  17 millions le nombre de Français âgĂ©s de 11 Ă  75 ans qui l’ont dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ©. Et Ă  cinq millions ceux qui en ont consommĂ© en 2014, un tiers d’entre eux se dĂ©clarant consommateurs rĂ©guliers.
MalgrĂ© cette rĂ©alitĂ©, qui place le pays parmi les champions de la consommation en Europe, cette foire ne pourrait exister en France. En cause, selon Thomas DuchĂŞne, “des tabous”, des entraves Ă  l’information sur le cannabis bio et l’interdiction de la vente de graines de marijuana pour laquelle “il existe pourtant une sorte de vide juridique”. D’après plusieurs vendeurs de graines prĂ©sents, des magasins commenceraient toutefois Ă  apparaĂ®tre sous couvert de vente Ă  des “collectionneurs”, ce qui ne tomberait pas sous le coup de la loi.

Expogrow le salon du cannabis

Expogrow le salon du cannabis

Mais les 50 Ă  100.000 auto-producteurs estimĂ©s sur le territoire national, qui achètent leurs lampes et engrais en toute lĂ©galitĂ© dans les quelque 300 “growshops”, savent qu’internet et une adresse postale suffisent pour recevoir des graines de sociĂ©tĂ©s basĂ©es dans les trois plus gros pays producteurs: États-Unis, Pays-Bas et Espagne.
Alain, consommateur français venu de Roanne (Loire), dĂ©clare Ă  l’AFP, sans ambages: “C’est tout simplement une politique hypocrite. Ils ont fait un rapport il y a peu, oĂą ils se sont aperçus que s’ils lĂ©galisaient ça leur rapporterait au minimum quatre milliards d’euros par an, c’est pas mal quand mĂŞme, et ils ont dĂ©jĂ  calculĂ© le prix de vente: 8,40 euros! Donc dans mon pays, dans deux ans c’est lĂ©gal j’en suis sĂ»r, je le parie”!
– Activistes contre prohibitionnisme –
Parmi les activistes pro-cannabis, l’association Chanvre et libertĂ©s entend “ĂŞtre une voix qui rĂ©unit les savoirs des experts et profanes” pour travailler “Ă  la rĂ©forme des politiques prohibitionnistes”, notamment en soutenant l’idĂ©e, dĂ©jĂ  concrĂ©tisĂ©e en Espagne, de “Cannabis social clubs”, des groupes associatifs de 20 personnes maximum qui se dĂ©clareraient en prĂ©fecture et cultiveraient pour leur consommation personnelle.
Mais leur message entend Ă©galement “rĂ©duire les dommages liĂ©s Ă  l’usage du chanvre”, notamment en incitant Ă  l’abandon de l’inhalation du cannabis bio dans des cigarettes roulĂ©es ou dans des pipes, ce qui renforce l’addiction au tabac. Ils militent pour l’usage de vaporisateurs dans lesquels un système de chauffage gĂ©nère une vapeur riche en cannabinoĂŻdes et en partie dĂ©barrassĂ©e des produits toxiques nĂ©s de la combustion des plantes.
“Demain, si on a quatre millions de fumeurs qui consomment mieux ça fera autant de cancer, d’infarctus ou d’AVC en moins” et “moins d’addiction”, clame le Dr Olivier Bertrand, mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste spĂ©cialisĂ© en addictologie, responsable de la commission santĂ© et prĂ©vention de Chanvre et libertĂ©s.
Vendus par huit exposants, ces vaporisateurs suscitent l’engouement du public et sont, selon Thomas DuchĂŞne, “la rĂ©volution de ces quatre dernières annĂ©es dans le monde du cannabis”.
“Chaque pays Ă©volue Ă  son rythme, celui de la France est plus lent que celui de ses voisins”, juge Thomas DuchĂŞne soulignant “qu’il y a des consommateurs dans toutes les classes et catĂ©gories sociales”.