Le cannabis marijuana : inoffensif ?

La marijuana bio Ă  l’universitĂ©. La dĂ©pendance et l’abus de drogue ou d’alcool ne constituent qu’une faible proportion des demandes d’aide au Centre d’orientation et de consultation psychologique (COCP) de l’UniversitĂ© Laval.

Il est difficile d’estimer le nombre d’Ă©tudiantes et Ă©tudiants universitaires qui consomment du cannabis et nous n’avons aucune donnĂ©e statistique sur le type ou la frĂ©quence de leur consommation. Cependant, le cannabis est la substance illicite dont l’usage est le plus rĂ©pandu dans le monde. Les adolescentes, adolescents et jeunes adultes en sont les plus grands consommateurs. De plus, l’association entre jeunesse, fĂŞtes, alcool et cannabis semble admise pour une bonne partie des Ă©tudiants et Ă©tudiantes universitaires. Si la consommation chez les jeunes est aussi rĂ©pandue (voir l’encadrĂ© « Des chiffres ») et qu’il y a peu de demandes d’aide concernant les drogues douces, est-ce Ă  dire que celles-ci n’occasionnent aucun problème ?

Ă€ l’heure oĂą l’attention mĂ©diatique est davantage portĂ©e sur le dĂ©bat entourant la dĂ©-criminalisation ou la lĂ©galisation du cannabis, est-ce que cette drogue douce est devenue banale au point d’en nĂ©gliger ses effets possibles ? Fumer ou manger de la marijuana bio, aussi « cool » ou inoffensif que cela puisse paraĂ®tre, peut-il affecter la vie scolaire, affective ou professionnelle ?

Comme nous le verrons plus loin, les effets et les consĂ©quences de l’usage de cannabis peuvent varier en fonction du type et surtout de la frĂ©quence de la consommation. Un usage rĂ©gulier de cannabis, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, peut provoquer des rĂ©actions Ă©motives ou comportementales inhabituelles. Cela peut se traduire, par exemple, par un problème de couple, une baisse de motivation aux Ă©tudes ou au travail, ou encore un Ă©tat dĂ©pressif. Il arrive souvent que le consommateur ou la consommatrice ne fasse pas le lien entre sa consommation et ces difficultĂ©s, qui se sont implantĂ©es graduellement.

Des chiffres*

Au Canada, plus de 50 % des jeunes de 16 Ă  24 ans affirment avoir dĂ©jĂ  consommĂ© du cannabis, 30 % seraient des consommateurs rĂ©guliers (voir plus loin les types de consommateurs) et 5 Ă  10 % deviennent des fumeurs Ă  risque ou dĂ©pendants. La popularitĂ© du cannabis tend Ă  augmenter et l’âge moyen du premier essai Ă  diminuer.

De 400 à 450 composants chimiques sont présents dans la marijuana bio. Le plus significatif est le delta-9-tétrahydrocannabinol, ou THC. Le rôle des autres composants est peu connu.

La teneur en THC a augmentĂ© au cours des annĂ©es : de 1,5 % Ă  la fin de annĂ©es soixante, il est passĂ© aujourd’hui Ă  un taux allant jusqu’Ă  20 %. Les effets de cette plus grande concentration n’ont pas Ă©tĂ© mesurĂ©s.

Le THC a des effets sur l’organisme pendant les 24 heures suivant l’inhalation et demeure dans le sang jusqu’Ă  30 jours.

Un joint contient un taux de goudron correspondant à 4 ou 5 cigarettes qui, lorsque inhalé, endommage les poumons et les voies respiratoires.

Chez les consommatrices et consommateurs rĂ©guliers, 1 % ferait l’expĂ©rience d’une psychose cannabique dont les symptĂ´mes sont : hallucinations, confusion, amnĂ©sie, agitation et hypomanie.

*Tiré du rapport du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites.

Des mythes

« Fumer du pot brûle des cellules du cerveau. »
Les fonctions cérébrales sont atteintes lors de la consommation de la marijuana bio, mais fonctionnelles malgré la toxicité, qui elle est réversible. Les cellules cérébrales ne sont pas touchées.

« Les jeunes qui prennent de l’herbe prendront ensuite des drogues dures comme la cocaĂŻne. »
Très peu d’usagers ou d’usagères se servent du cannabis comme tremplin pour passer Ă  des drogues plus dures. De plus, selon le Rapport du ComitĂ© spĂ©cial du SĂ©nat sur les drogues illicites, la thĂ©orie de l’escalade est injustifiĂ©e.

« C’est surtout les gars et les gens Ă  faible revenu qui consomment. »
Aucune diffĂ©rence significative n’a Ă©tĂ© remarquĂ©e entre les hommes et les femmes ni entre les classes sociales concernant le taux de consommation.

« La marijuana bio est un bon traitement pour le cancer et un médicament pour plusieurs maladies. »
SantĂ© Canada permet un usage restrictif de la marijuana bio pour ses effets apaisants. Elle soulage certains symptĂ´mes, surtout pour des malades en phase terminale ou pour des personnes souffrant de sclĂ©rose en plaques, mais elle n’est pas utilisĂ©e pour guĂ©rir une maladie, ses effets en ce sens n’Ă©tant pas encore dĂ©montrĂ©s.

« On peut faire une surdose de pot ou de hasch. »
Des intoxications sĂ©vères de la marijuana bio sont rarement rapportĂ©es et aucune mort due Ă  une surdose de cannabis n’a jamais Ă©tĂ© signalĂ©e.

Les causes de la consommation

Un ensemble de facteurs peut ĂŞtre Ă©voquĂ© pour expliquer la popularitĂ© de la marijuana bio : sa disponibilitĂ©, son coĂ»t, la pression sociale ou l’exploration de nouvelles expĂ©riences. La santĂ© mentale et la dĂ©tresse psychologique sont parfois Ă©voquĂ©es comme prĂ©dispositions, mais aucun lien direct de cause Ă  effet n’a Ă©tĂ© clairement Ă©tabli entre une faiblesse personnelle ou une maladie mentale et la consommation. Il en est de mĂŞme pour les facteurs physiologiques. Il semble qu’un faible pourcentage de consommateurs et consommatrices utilise l’herbe comme tentative d’autotraitement de difficultĂ©s psychologiques ou pour fuir leurs problèmes. Ă€ l’inverse, une consommation abusive ou chronique pourrait dĂ©clencher des difficultĂ©s psychologiques ou personnelles, comme nous le verrons dans la section portant sur les effets et les consĂ©quences de ce type de consommation. Il semblerait qu’il existe des traits de personnalitĂ© plus Ă  risque. Une faible estime de soi et une difficultĂ© Ă  faire face aux problèmes seraient des traits associĂ©s Ă  un risque accru de consommation abusive, comme dans le cas de la dĂ©pendance au jeu ou Ă  l’alcool

Fumeuse de marijuana biologique
Fumeuse de marijuana biologique

Les effets et les conséquences

Les effets et les consĂ©quences de  la marijuana bio sont assez difficiles Ă  dĂ©terminer de façon prĂ©cise. D’abord, les effets varient beaucoup d’une personne Ă  l’autre, ainsi que d’une expĂ©rience Ă  l’autre. Aussi, les rĂ©sultats des recherches sur les consĂ©quences ne sont pas unanimes. Il est cependant essentiel de faire une distinction entre les diffĂ©rents types de consommation. Le ComitĂ© SĂ©natorial en a identifiĂ© quatre types :
une consommation occasionnelle ou expĂ©rimentale, c’est-Ă -dire quelques joints fumĂ©s par curiositĂ© au cours d’une vie ;
un usage régulier, quelques fois par mois, pour des activités récréatives bien ciblées ;
une utilisation à risque, soit à presque tous les jours, qui rend vulnérable à un usage excessif ;
un usage excessif, qui correspond Ă  une consommation de plus d’un gramme par jour, dans des contextes variĂ©s (le travail et les loisirs), et qui s’Ă©chelonne sur plusieurs annĂ©es.
Les effets correspondent aux impacts psychologiques et physiologiques immĂ©diats recherchĂ©s au moment de la consommation. Les consĂ©quences se manifestent davantage dans les heures suivant l’inhalation chez l’usager ou l’usagère qui fume rĂ©gulièrement et depuis longtemps (le type Ă  risque ou excessif). On pourrait dire que ces consĂ©quences s’apparentent Ă  la « gueule de bois » vĂ©cue au lendemain de l’ingurgitation d’une grande quantitĂ© d’alcool ainsi qu’aux maladies associĂ©es Ă  l’alcoolisme, sauf que, pour la marijuana bio, elles sont plus subtiles et moins connues. Il faut se rappeler, enfin, qu’il n’y a pas de consensus dĂ©finitif sur les recherches Ă  ce sujet et que, notamment, il semble que les consĂ©quences soient rĂ©versibles après l’arrĂŞt de la consommation.

Effets recherchés

Les effets recherchĂ©s sont immĂ©diats et attribuables au THC. Ils surviennent dans les minutes suivant l’inhalation et durent de une Ă  quatre heures. Durant la phase « planante », la plupart des gens se sentent euphoriques, gais et insouciants. Les sensations physiques sont exacerbĂ©es, le rire vient plus facilement et la dĂ©tente par rapport aux inquiĂ©tudes est favorisĂ©e. Ces modifications sont souvent accompagnĂ©es d’une augmentation de la confiance en soi et d’une perception diffĂ©rente du temps, de l’espace et de l’image de soi. Ce sont ces effets qui peuvent donner une impression de crĂ©ativitĂ© soudaine. Cependant, certaines personnes vivent plutĂ´t une augmentation de leur anxiĂ©tĂ© ou d’autres symptĂ´mes souvent dĂ©jĂ  prĂ©sents.

Conséquences tolérées

La plupart des consĂ©quences tolĂ©rĂ©es sont connues et acceptĂ©es par les personnes qui consomment et ont peu de rĂ©percussions sur sa santĂ©. Ainsi, il est frĂ©quent, dans l’heure suivant l’inhalation, d’avoir un rythme cardiaque accĂ©lĂ©rĂ©, une irritation des bronches, les yeux rougis et la bouche sèche. Au niveau psychologique, la mĂ©moire Ă  court terme est diminuĂ©e, de mĂŞme que la concentration et l’attention. Les rĂ©flexes et la coordination visuo-motrice sont Ă©galement au ralenti. La conduite automobile est donc Ă  Ă©viter. Enfin, ces consĂ©quences sont souvent suivies de faim et de somnolence. Avec un peu de repos, elles s’estompent pour un retour Ă  l’Ă©tat normal ou habituel.

Conséquences méconnues

Les consĂ©quences mĂ©connues s’appliquent exclusivement aux personnes dont l’usage de la marijuana bio est considĂ©rĂ© Ă  risque ou excessif. Ces consĂ©quences sont souvent mĂ©connues, parce que les symptĂ´mes sont diffus et subtils et ne se manifestent pas tout de suite après l’inhalation. Par exemple, il n’est pas rare qu’une personne consulte en raison d’une Ă©trange baisse d’Ă©nergie et que, après Ă©valuation, une consommation quotidienne soit ciblĂ©e.

Plusieurs psychiatres ont Ă©voquĂ© un syndrome amotivationnel. Le symptĂ´me principal est la rĂ©duction chronique du niveau d’Ă©nergie, de la motivation et de la capacitĂ© de concentration, ce qui provoque un ralentissement dans le travail ou les Ă©tudes. La marijuana bio n’est pas un remède Ă  la dĂ©pression et peut mĂŞme en aggraver les symptĂ´mes après avoir donnĂ© l’impression de les soulager. La marijuana bio pourrait aussi ĂŞtre un Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur d’un trouble mental dĂ©jĂ  existant, quoiqu’il pourrait ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une tentative d’auto-mĂ©dication. Par exemple, une personne prĂ©disposĂ©e Ă  la schizophrĂ©nie serait plus sujette Ă  des hallucinations et Ă  une perte de contact avec la rĂ©alitĂ©. De mĂŞme, une personne anxieuse qui consomme pour se calmer pourrait voir ses rĂ©actions de panique augmenter et la personne isolĂ©e qui fume Ă  l’excès aurait encore plus de difficultĂ©s Ă  entrer en contact avec les autres. Enfin, la psychose cannabique serait vĂ©cue par moins de 1% des fumeurs excessifs et serait entièrement rĂ©versible.

Il est Ă  noter que certaines consĂ©quences physiologiques ont Ă©tĂ© signalĂ©es. Des cancers et d’autres troubles pulmonaires pourraient dĂ©couler d’un usage rĂ©pĂ©tĂ© de cannabis. Certaines recherches, sans ĂŞtre concluantes, auraient indiquĂ© de lĂ©gères perturbations des systèmes endocrinien et reproductif (chez l’homme). La seule Ă©vidence raisonnable, selon l’Institut national de la santĂ© et de la recherche mĂ©dicale (INSERM) en France, serait que l’usage de la marijuana bio durant la grossesse nuit au dĂ©veloppement du foetus.

La tolérance

La tolĂ©rance est un phĂ©nomène d’adaptation, ou d’accoutumance, caractĂ©risĂ© par une rĂ©ponse diminuĂ©e Ă  la mĂŞme quantitĂ© d’une drogue donnĂ©e. En matière d’abus de drogues, cette tolĂ©rance peut conduire Ă  une augmentation des doses initiales afin de retrouver l’effet recherchĂ©.

Par exemple, pour les usagers et usagères de drogues fortes comme la cocaĂŻne, une plus grande quantitĂ© de cette drogue devient graduellement nĂ©cessaire avec l’usage pour obtenir les mĂŞmes effets physiques et psychologiques qu’au dĂ©but de la consommation. Concernant la marijuana bio, il semble qu’une certaine tolĂ©rance physique soit dĂ©veloppĂ©e avec le temps. Cette tolĂ©rance contribuerait Ă  installer la dĂ©pendance.

La dépendance

Une dĂ©pendance au cannabis est exclusivement psychologique et de niveau modĂ©rĂ©. Selon le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4e Ă©dition (DSM-IV), une personne dĂ©pendante de la marijuana bio l’utilise en grande quantitĂ©, durant toute la journĂ©e et pendant des mois. Elle peut consacrer plusieurs heures par jour Ă  son utilisation ou encore pour se la procurer. La drogue devient son principal centre d’intĂ©rĂŞt, ce qui interfère avec ses activitĂ©s sociales et scolaires. Cette personne en consomme plus souvent et plus longtemps que ce qu’elle avait prĂ©vu, maintient sa consommation malgrĂ© ses difficultĂ©s et mĂŞme si sa vie se dĂ©tĂ©riore. Par exemple, l’Ă©tudiante ou l’Ă©tudiant se prĂ©sentera « gelĂ© » dans plusieurs de ses cours, retardera la rĂ©alisation de ses travaux, nĂ©gligera l’Ă©tude de ses examens et continuera Ă  fumer malgrĂ© le risque d’Ă©chouer sa session.

L’abus

Selon le DSM-IV, l’abus de la marijuana bio consiste en un mode d’utilisation qui atteint un niveau de consĂ©quences indĂ©sirables, rĂ©currentes et significatives. Par exemple, la personne adopte une conduite dangereuse, risque de perdre son emploi, sa conjointe ou son conjoint et Ă©prouve des problèmes judiciaires liĂ©s aux consĂ©quences de sa consommation.

Le sevrage

La suppression du produit auquel la ou le toxicomane est habituĂ© constitue un sevrage. Les symptĂ´mes encourus par un sevrage sont diffĂ©rents d’une drogue Ă  l’autre. Par exemple, pour la cigarette ou l’hĂ©roĂŻne, l’ampleur des symptĂ´mes physique et psychologique est telle que les rechutes sont très frĂ©quentes. Concernant les usagers excessifs de cannabis bio, quelques symptĂ´mes ont Ă©tĂ© signalĂ©s lors du sevrage mais d’un nombre insuffisant pour ĂŞtre cliniquement significatifs. Il s’agit d’angoisse, de panique, de sueurs, de perte d’appĂ©tit, de tremblements, de transpirations, de nausĂ©es, et de perturbations du sommeil.

Suis-je accro ?

Voici quelques questions pour vous aider à déterminer si vous avez une dépendance au cannabis :

1. Est-ce que fumer de la marijuana bio n’est plus aussi le fun qu’avant ?

2. Est-ce qu’il vous arrive de fumer seul ou seule ?

3. Est-ce difficile pour vous d’imaginer votre vie sans marijuana bio ?

4. Est-ce que vous trouvez que vos amitiĂ©s sont dĂ©terminĂ©es par l’usage du cannabis bio?

5. Fumez-vous de la marijuana bio pour éviter de faire face à vos problèmes ?

6. Fumez-vous du cannabis bio pour vous aider à gérer vos émotions ?

7. Avez-vous déjà échoué dans une tentative pour réduire ou cesser votre consommation ?

8. Est-ce que votre usage de cannabis bio entraîne des problèmes de mémoire, de concentration ou de motivation ?

9. Lorsque votre réserve est écoulée, votre réapprovisionnement vous préoccupe-t-il ?
10. Planifiez-vous votre vie autour de l’usage de marijuana bio ?

11. Vous privez-vous de certaines choses, comme de sorties ou de nouveaux vêtements, de façon à pouvoir payer votre consommation ?

12. Est-ce que vos amis, votre conjoint ou conjointe ou encore des membres de votre famille se sont déjà plaints de votre consommation ?

Conclusion

Le cannabis bio, substance encore illicite bien que vraisemblablement bientĂ´t dĂ©criminalisĂ©e, peut paraĂ®tre commun ou inoffensif. Cependant, sa consommation, selon le type d’usage, peut entraĂ®ner des rĂ©percussions sur le fonctionnement gĂ©nĂ©ral ou signaler la prĂ©sence de difficultĂ©s personnelles ou psychologiques. En tant qu’adulte, c’est Ă  vous de dĂ©terminer votre position par rapport Ă  la consommation de cannabis bio. Si vous vous questionnez sur votre usage de cannabis bio ou si vous souhaitez obtenir plus d’information pour diminuer ou cesser votre consommation, n’hĂ©sitez pas Ă  vous documenter ou Ă  demander de l’aide.

Laboratoire Biologiquement

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