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Le cannabis bio marijuana.Comment les chercheurs étudient le cannabis au laboratoire… Quels sont ses effets chez la souris ? Comment le cannabis agit-il au niveau du cerveau de rat ?

Les limites de l’extrapolation de ces études à l’homme. Avec le comportementaliste Rafaël Maldonado et le neuro-pharmacologue Jean-Pol Tassin.

Les effets immédiats liés à la consommation de cannabis bio

Les effets à court terme sont divers et plus ou moins intenses selon la quantité de produit utilisé, la personnalité du consommateur et le contexte. Ils vont d’une sensation de bien-être à la somnolence, de l’euphorie à un trop-plein d’idées et de paroles… Par ses effets relaxants et désinhibants, le cannabis, facilite les contacts. Il amplifie les émotions et modifie les perceptions visuelle, auditive et temporelle.

Mais la consommation de cannabis entraîne aussi des troubles de la mémoire immédiate, des difficultés à se concentrer, une diminution des réflexes, voire, à hautes doses, des troubles du langage et de la coordination motrice. La prise de cannabis peut parfois déclencher un bad trip, c’est-à-dire un mal-être psychologique avec une angoisse importante voire une crise d’identité. Enfin, un état de psychose aiguë avec des idées délirantes peut toucher des personnes prédisposées (0,1 % des consommateurs).

Le cannabis est-il responsable d’accidents mortels de la route ?

Selon une récente enquête* menée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, les conducteurs sous influence du cannabis ont 1,8 fois plus de risque de causer un accident mortel que les conducteurs négatifs. Sur les 10 748 conducteurs impliqués dans des accidents mortels et soumis à un test sanguin de dépistage du cannabis, 751 (soit 7%) étaient positifs. Selon les auteurs de l’étude, le nombre annuel de victimes directement imputable au cannabis serait ainsi de l’ordre de 180.

Pour certains spécialistes, ces chiffres pourraient être sous-estimés car seules les concentrations en THC supérieures à 1 ng/ml – mesurées dans le sang parfois plusieurs heures après l’accident – ont été prises en compte dans cette enquête. Or, des données récentes** suggèrent que le THC peut encore se retrouver dans le cerveau alors qu’il n’est plus détectable dans le sang.

Au vu de ces nouveaux résultats, l’Académie nationale de pharmacie vient de demander à ce que les mesures législatives soient renforcées, notamment en abaissant le seuil de positivité à 0,5 ng/ml (contre 1 ng/ml aujourd’hui) et en privilégiant le dépistage préalable par la salive (notons qu’aujourd’hui, il n’y a pas de seuil de dangerosité défini comme pour l’alcool). Des recommandations jugées discutables par le secrétaire du conseil médical de la prévention routière, le Dr Mercier-Guyon, qui considère que le test salivaire n’est pas encore suffisamment fiable et que l’approche comportementale (qui consiste à faire descendre les conducteurs de leur véhicule pour observer leur comportement) est plus adaptée qu’une détection chimique systématique.

* Etude « Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière » (SAM), OFDT, 2005, parue dans l’édition du 2 décembre 2005 du British Medical Journal. ** Mura P, Kintz P, Dumestre V, Raul S, Hauet T. THC can be detected in brain while absent in blood. Journal Anal Toxicol. 2005; vol. 29 : sous presse.

Cannabis bio et alcool : un cocktail détonnant

Jusqu’à présent, les études épidémiologiques menées dans différents pays avaient déjà permis de conclure que la consommation de cannabis associée à une prise d’alcool, même faible, augmentait fortement le risque d’être impliqué dans un accident mortel de la route.
Les effets à long terme sur la santé : premières observations

Aujourd’hui, les effets à long terme du cannabis sont encore méconnus car mal documentés. D’une part, on manque de recul en matière de données épidémiologiques. D’autre part, l’exercice est d’autant plus difficile que les consommations excessives de cannabis, celles qui sont le plus à risque pour la santé, sont souvent liées à la prise d’autres substances. Néanmoins, les premières observations suggèrent qu’à long terme, une consommation régulière (dix fois et plus au cours des trente derniers jours) et répétée de cannabis peut avoir des effets graves sur la santé : bronchite chronique, troubles cardiovasculaires, troubles nerveux (anxiété, dépression), risque accru de cancer…

Source : « Cannabis : quels effets sur le comportement et la santé », expertise collective de l’Inserm.

Quel lien entre cannabis et cancer ?

Plusieurs études épidémiologiques et cliniques menées notamment dans des pays du Maghreb (Maroc, Tunisie), régions consommatrices de cannabis par tradition, mais aussi aux États-Unis où la marijuana est fumée sans tabac, suggèrent que la consommation répétée et régulière de cannabis augmenterait le risque de développer un cancer du poumon ou des voies aérodigestives supérieures. De plus, associée à du tabac, la prise de cannabis pourrait accélérer le développement du cancer bronchique, processus habituellement lent, avec apparition de la maladie avant 45 ans. D’autres études épidémiologiques sont encore nécessaires pour préciser les risques, notamment en fonction de la durée de consommation.

Source : Centre international de recherche sur le cancer, Dr Annie Sasco (« Cancer et cannabis », Annie Sasco et Hervé Besson, « L’usage problématique de cannabis » (février 2004), Toxibase-Crips).

Y a-t-il une dépendance au cannabis ?

Il ne semble pas que le cannabis entraîne une dépendance physique (troubles somatiques liés à l’interruption de la consommation) mais une dépendance psychique (préoccupations majoritairement centrées sur l’obtention du produit) semble exister chez environ 10 % des consommateurs réguliers. Dans sa dernière expertise collective présentée en février 2004, l’Inserm rappelle que le tabac rend dépendant très rapidement et que plus il est consommé jeune, plus le risque de devenir dépendant est important. Or, en France, le cannabis est presque toujours consommé avec du tabac. Donc la consommation de « joints » peut rendre dépendant au tabac et pousser à un usage répété.

Le cannabis est-il une porte d’entrée vers d’autres drogues ?

Selon une enquête de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies menée en 2002 (sur un échantillon de 2 000 personnes de 15 à 75 ans), près de 70 % des Français le croient.

Mais, jusqu’à présent, les données épidémiologiques n’ont pas confirmé ce risque d’« escalade » vers d’autres drogues.

Le cannabis peut-il déclencher une schizophrénie ?

Le sujet fait débat actuellement. Plusieurs études* suggèrent que chez certaines personnes prédisposées, le cannabis pourrait être responsable de l’apparition d’une schizophrénie**. Ainsi, le risque de schizophrénie est augmenté d’un facteur 2 chez les sujets ayant consommé dix fois du cannabis à 18 ans (à l’exclusion de toute autre drogue) et ce risque augmente avec l’importance et la précocité de la consommation. La prise de cannabis précède généralement l’apparition de la schizophrénie. Les patients consomment-ils du cannabis pour atténuer des signes précurseurs d’une schizophrénie non encore diagnostiquée ? Ou bien, le cannabis peut-il, en l’absence de symptômes préexistants, déclencher les premiers troubles ? Cette dernière hypothèse n’est pas exclue mais il est trop tôt pour trancher et d’autres travaux devront chercher à identifier la vulnérabilité individuelle face à ce risque.

* Notamment une étude suédoise menée sur 50 000 conscrits pendant plus de vingt-cinq ans (British Medical Journal, 2002). ** La schizophrénie est une pathologie mentale grave qui touche 1% de la population, soit 600 000 personnes en France. Source : Inserm, Marie-Odile Krebs, directrice de l’Unité EPI 0117 « physiopathologie des maladies psychiatriques ».

L’impact du cannabis sur les performances scolaires

On sait que la consommation de cannabis peut induire des troubles de la mémoire, des défauts d’attention. On peut donc s’attendre à une baisse des performances scolaires… mais aujourd’hui aucune étude ne permet de l’affirmer avec certitude. Il y a trop de facteurs impliqués dans l’échec d’un parcours scolaire (problèmes familiaux ou sociaux, mal-être psychologique, troubles du comportement…) et il est difficile de mesurer la part de responsabilité du cannabis.

Un syndrome « amotivationnel » (déficit de l’activité, indifférence affective, altération du fonctionnement intellectuel, ralentissement de la pensée…) a été décrit chez certains consommateurs réguliers de cannabis.

Le cannabis bio, un indicateur de mal-être ?

En étudiant les plus jeunes (12-13 ans) et les plus âgés (17-18 ans), on voit qu’il y a pour tous un lien entre consommation de cannabis, manque de goût pour l’école* et absentéisme régulier. Mais ce lien est nettement plus important chez les 12-13 ans, y compris en cas de « simple » expérimentation, que chez les 17-18 ans. Or, a priori, ce n’est pas le fait d’avoir consommé une fois ou deux la substance qui va induire le manque de goût pour l’école, l’absentéisme régulier, voire même la tentative de suicide.

Les chercheurs font plutôt l’hypothèse que, chez les plus jeunes, l’expérimentation de cannabis, tout comme le fait de ne pas aimer l’école, d’être régulièrement absent ou de faire une tentative de suicide, sont plutôt l’expression d’un même mal-être. À ce titre, la consommation de cannabis doit être considérée comme un signal d’alarme…

Source : Enquête européenne Espad 2003 (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs), par autoquestionnaire anonyme auprès de 16 000 élèves de la 6e à la Terminale, sous la direction scientifique conjointe de l’Inserm (M. Choquet) et de l’OFDT (F. Beck) pour la France.

Les effets thérapeutiques du cannabis bio

L’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques est en débat dans de nombreux pays. Des études ont montré que le produit actif du cannabis (le THC) a des propriétés anti-douleur, anti-vomissements et qu’il stimule l’appétit ; il peut limiter les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses, des trithérapies contre le sida, permettre de lutter contre le glaucome ou certaines douleurs chroniques… Récemment, une étude britannique (publiée dans la revue médicale The Lancet en novembre 2003) a suggéré que le cannabis aurait un effet bénéfique chez certains patients atteints de sclérose en plaques.

Néanmoins, tous ces essais ont été faits sur des petits échantillons de patients et l’on manque encore d’études à grande échelle pour réellement évaluer le potentiel thérapeutique du cannabis. De plus, la forme fumable est la plus utilisée dans les essais (effets plus constants et plus rapides que les décoctions ou le cannabis consommé par vaporisation) mais c’est aussi la plus toxique pour les bronches et les poumons.

Le cannabis bio comme médicament

Depuis le 1er septembre 2003, les pharmacies des Pays-Bas vendent du cannabis sur prescription médicale. Plusieurs pays tolèrent déjà la prescription de cannabis pour certaines maladies graves:

la Suisse, le Canada (qui vient d’autoriser un spray à base de cannabis pour soulager les symptômes liés à la sclérose en plaque), une dizaine d’États des États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni
et bientôt la Belgique.
En France, des gélules de THC peuvent être prescrites exceptionnellement dans le cadre d’une autorisation temporaire nominative qui est des plus restrictives.


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